De train en bus, de ville en campagne, de plaine en campagne, de solitude en aventure, elle avance ainsi “nue”, trouble, à vif, vers une destinée inconnue.
Elle arrive finalement en Italie où elle découvre une villa qui appartenait à Amalia, loin de tout près de la mer . Elle y habite
L'histoire, de premier abord, n'a absolument rien de palpitant. Ainsi résumé ne me donnerait pas envie d'aller voir ce film qui parait ainsi dit très contemplatif.
Mais il n'en est rien. Ce film est surprenant. De l'abondance à l'abandon, du calme à l'orage, de la douleur à la solitude, d'amour à l'aventure, du temps à venir au temps présent...Rien ne s'arrête, tout s'enchaine au fil des images telle une rétrospective d'une vie avec toutes ses douleurs et amours déchirées, désir d'être ou non, paradoxes et contradictions peints en l'espace d'une heure trente avec force de subtilités et beaucoup de pudeur. Le génie du peintre cinématographique.
Tel est tout l'art de Benoit Jacquot qui nous embarque dans ces sentiments malgré nous, nous bouscule avec sa caméra à l'épaule pour nous ramener enfin à un peu de sérénité provisoire, illusoire. Son scénario ne manque pas de répliques parfois hilarantes tant le décalage de situation parait cruel.
Tel est l'art d'Isabelle Huppert qui laisse une réelle ouverture dans son interprétation rendant ainsi son personnage à la fois touchant, troublant, cruel, distant et terriblement meurtri... Cette ouverture de jeu, ce jeu tout en subtilité, embarque ainsi le spectateur dans ses états d'âme. Il est tout aussi troublé que l'est l'ami d'enfance car il cherche à comprendre cette femme qui n'a qu'un seul désir : la solitude.
De telles subtilités d'Isabelle Huppert dans une réalisation digne de Benoit Jacquot ne sont que le reflet (ou grâce au reflet) d'une grande complicité entre le réalisateur et l'actrice.
Un film La Villa Amalia à voir donc. A découvrir sans hésiter.
Un seul petit bémol : les mouvements de caméra à l'épaule étaient parfois trop présents, trop pour qu'on les remarque comme un usage technique uniquement.